mercredi, janvier 12, 2011

LA HANTISE DE LA FOLIE

vol. 11, no. 2, 17 janvier 2011
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TÉMOIGNAGE PERSONNEL

Que d’inconfort pour le Parti communiste du Québec (PCQ). Un membre de sa direction nationale, un jeune homme de 24 ans, sombre dans la folie et commet un délit. C’était en 1981. Tout le monde dans le milieu l’a su. Tristesse et consternation pour les proches; amis et parents sont accablés et s’interrogent. Doit-on mettre le geste sur le compte du militantisme au sein d’un parti politique généralement mal accepté? Des dirigeants de ce dernier ont vite « compris » que ce sont les parents qui sont coupables. Mais attention, quelques leaders plus avisés et davantage empreints de sagesse ont rapidement saisi qu’il s’agit d’une maladie. Nous y reviendrons plus loin.
Toile de fond : étiolement des rêves de jeunesse, la patrie des camarades s’effondre; au revoir l’URSS et le Parti communiste du Canada (PCC) s’enfonce dans une crise aux milles rebondissements; il survit à peine. Au Québec, c’est la déroute totale. La direction centrale, à Toronto, est trop heureuse, quelques années plus tard, de voir que des rescapés de groupes d’extrême-gauche desquels un regroupement maoïste désire s’associer à celle-ci. Quelle aubaine a réalisé le Comité central du PCC, que voilà de nouveaux membres au Québec! Le hic : une désinvolture bien appuyée eu égard au legs patrimonial idéologique de Karl Marx et de Vladimir Lénine.
Quelle déchéance après toutes ces années à tisser des liens au sein de la classe ouvrière et des mouvements de jeunesse, de femmes; et ceux issus des communautés immigrantes.
Ce serait sûrement un peu prétentieux et surfait de rappeler l’avertissement du communiste Lénine qui mettait en garde contre le danger de sectarisme les petits partis (voire les groupuscules) de gauche se disant fidèles au marxisme.
Mais, c’est devenu le cas du Parti communiste du Québec qui s’estime bien chanceux d’avoir une trentaine de membres en règle dans la Belle Province dont la population affiche un gênant 7,8 millions d’habitants; après avoir connu une époque où l’auteur de cette missive était un des dirigeants de l’Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ), forte de 110 000 membres.
(Photo Josette Thibault: Daniel Paquet, assistant administrateur du journal numérique L'Humanité in English depuis mai 2009)
Il ne s’agit pas ici d’une dénonciation ou de salir le PCQ, toutefois il faut bien se rendre à l’évidence et qu’on parle de l’infiltration de la classe ouvrière organisée par des « fantassins de l’extrême-gauche ». Avec de tels amis, le vrai mouvement communiste n’a pas besoin d’ennemis.
C’est d’ailleurs difficile d’être ami du PCQ quand on a un passé psychiatrique. Il ne faut surtout pas que ça se sache : « comment le peuple travailleur va-t-il prendre cela? » Ça prête au sourcillement quand le lecteur saura que l’ancien patient a des collègues de combat et même des amis qui sont, disons, membres influents du Parti libéral du Canada (PLC), du Bloc québécois (BQ), du Nouveau parti démocratique (NPD) et même du Parti québécois (PQ). Ça ne veut pas dire que tous partagent les mêmes idées, mais ils sont prêts à en débattre sur les tribunes publiques : radio, journaux ou réunions politiques.
Gardons-nous en, concluront benoîtement les gauchistes! L’ennemi à abattre pour nos vaillants « marxistes » demeure peut-être les « survivants » d’hôpitaux psychiatriques; même si, dans le cas qui nous occupe, le parcours se poursuit depuis 30 ans. A-t-il fait de la délation? s’interrogent perplexes les valeureux chefs du Parti communiste. Quelle confiance à l’égard d’un personnel dévoué, compétent et –avouons-le- travaillant sous le sceau de la démocratie et du progrès! Ça ne s’explique pas toujours, mais ça se vit. On peut déclarer bien simplement que l’Institut Philippe-Pinel de Montréal (IPPM) est un des plus beaux fleurons de la Révolution tranquille au Québec. Ne serait-ce que pour ses réussites, cette Révolution n’aurait pas émergé en vain…
Néanmoins, soyons optimistes; le bulletin que vous lisez est lui-même lu par plus de 1750 personnes. Grâce à lui, la Fédération syndicale mondiale (FSM), dont le siège est à Athènes (Grèce) a jugé bon d’inviter votre modeste serviteur à son 16ème Congrès en tant qu’observateur; rappelons que la FSM représente 80 millions de membres dans 130 pays.
Parlant de chiffres, il faut souligner qu’un Canadien sur cinq souffrira de maladie mentale dans sa vie. On espère qu’ils éviteront de postuler au poste de membre du Parti communiste du Canada. Il ne faudrait pas provoquer son courroux. La démocratie, après tout, ça ne va pas jusque là, n’est-ce pas?
La conclusion n’est pas triste. D’abord, dès l’issue du procès en 1981, le président du PCQ d’alors, Sam Walsh, avait encouragé du mieux qu’il pouvait le présent rédacteur par un salut sonore : « za gesund! » ou quelque chose d’approximatif, signifiant : « retrouve la santé! », en langue yiddish, la langue juive parlée par le premier et généralement comprise par le dernier.
Comble de bonheur, en 2009, un ancien dirigeant retraité, retourné vivre en France avec sa fille –Hervé Fuyet et Peggy- ont invité Daniel à Paris. C’était plus qu’un voyage touristique. «Tu as l’absolution! », auraient-ils pu dire, « Et maintenant… vis! » Faut-il rajouter qu’ils sont membres du Parti communiste français (PCF) que tout bon « communiste » canadien apprend à conspuer pour son réformisme. Est-ce que des milliers et des milliers de communistes français, y compris de mouvance plus radicale et traditionnelle comme le Pôle de Renaissance du Communisme en France, peuvent tous se tromper?
Finalement, il y a deux choses : on peut se réhabiliter de la maladie mentale; et deuxièmement, un peu frondeur, je dirai à l’instar de Fidel : « Venceremos! »
-30-

1 Comments:

Blogger Raymonde said...

Félicitations pour ta sincérité et ton audace.

8:50 p.m.  

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