vendredi, octobre 29, 2010

LADY GAGA ET LE SIRTAKI

vol. 10, no. 19, Nouvelle édition, 1er novembre 2010
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Avant-propos: cet article fut écrit à l'origine pour le journal Ergatika Nea (Les nouvelles des travailleurs) de l'Association des travailleurs grecs du Québec; c'est ce qui explique les références nombreuses au monde hellénique. Bonne lecture!
Comment donc! Que vient faire Lady Gaga dans les pages d’Ergatika Néa? Danse-t-elle le sirtaki? Mais non, elle est la « reine » des variétés, ces jours-ci. Comme l’a été avant elle Madonna ou encore Michaël Jackson. Le journal francophone montréalais, Métro, a dit de Lady Gaga qu’elle était « gargantuesque », hors du commun pour être plus clair. J’ai voulu la connaître. « C’est une folle » m’a dit un ami. « Oh, je l’aime énormément » m’a dit une collègue de bureau, « et elle me donne le goût de danser ».
Ce que je retiens, c’est qu’elle a du talent. Elle écrit ses chansons et elle joue du piano avec beaucoup d’entrain avec une touche de français qu’elle parle avec un accent joyeux. Elle est provocante et sexy. Elle a donné son spectacle, à Montréal, le lundi 28 juin 2010. Mais comme les « stars » des USA, elle vit à fond l’individualisme, même si son spectacle est soutenu par une dizaine de danseurs, des musiciens et quatre choristes. Malgré tout ce que ces artistes créent et lèguent, ils quittent assez tôt le « hit-parade » en général. C’est un peu comme les vêtements. À l’automne de telle année, les manteaux se portent aux genoux, l’année suivante presqu’à la taille. Il y a des modes et on se lasse bien vite.
(Photo Internet: Lady Gaga en spectacle)

Toutefois, on se souviendra de Stefani Joanne Angelina Germanotta; c’est Lady Gaga. Elle fait le tour du monde. On l’entend partout et elle vit le « rêve américain » depuis deux ans. C’est dire que tout le monde en Amérique peut percer et devenir une vedette dans son domaine : le sport tout comme la politique. Alors pourquoi des syndicats ou des associations de travailleurs, telle celle des Grecs, par exemple? Pourquoi, dites-vous? Mais vous le savez bien mieux que moi; c’est en se regroupant et en se tenant les coudes qu’on peut faire avancer les choses dans la société. Prenons le Canada, si les travailleurs du pays ne s’étaient pas mis ensemble, aurions-nous les programmes sociaux qui font l’envie de bien des travailleurs dans d’autres pays, à commencer par ceux des États-Unis? Ne serait-ce que l’assurance-maladie qui, même si elle n’est pas parfaite, aide chaque jour de la semaine, des personnes à recevoir des soins pour améliorer et préserver leur santé.
On pourrait en dire tout autant du système d’éducation.
Certains diront : oui, c’est bien, c’est la modernité, ça colle à la culture style Lady Gaga, aussi pourquoi cette référence au sirtaki? Une petite anecdote : alors que je travaillais pour la compagnie d’assurances générales Les Coopérants, la compagnie avait invité tous les employés dans une salle de réception au centre-ville de Montréal pour célébrer le Nouvel An, c’était en 1990. Nous mangions et soudain le disc-jockey a commencé à faire jouer de la musique pour danser. Le chef de bureau s’est tourné vers moi et m’a demandé de « partir le bal ». Je ne suis pas un bon danseur, mais je me souvenais des danses grecques (dont celles où on fait la chaîne) auxquelles j’avais participé lorsque je fréquentais plus régulièrement mes amis grecs.
Aussitôt, tous les autres employés, surtout des femmes, ont emboîté le pas et nous avons dansé des rondes endiablées au gré de la musique et des souvenirs de jeunesse. En passant, nous étions tous, à part quelques exceptions, des Canadiens-français. Nous nous sommes bien amusés et nous pouvions parler, rire et nous taquiner sans que la musique nous enterre.
(Photo Internet: scène finale du film Zorba le Grec)

À ce sujet, il y a ma sœur qui habite dans la région de Québec qui avait, une fois par hasard, entendu la musique de Zorba le Grec, de Mikis Théodorakis. Elle m’a demandé, il y a quelques années, de lui acheter à Montréal de la musique grecque. Non! Elle ne comprend pas cette langue… Mais, elle me l’a dit : « quand je suis triste, j’écoute cette belle musique, ça me fait rêver; ça me rend heureuse et joyeuse et j’ai le goût de danser. La musique à la radio ne me fait pas cet effet. »
Tout ce préambule, pour dire que les jeunes générations de Canadiens-français ont aussi cessé d’écouter et de danser leur musique traditionnelle, dont les fameux « sets carrés et rigodons». Certes, on a eu Gilles Vigneault, Robert Charlebois et Félix Leclerc, mais –et j’annonce ici la conclusion de cet article-, l’industrie du disque et du spectacle les a discrètement congédiés.
De fait, et même en Europe, l’industrie mondialisée du spectacle, de la musique et du disque a choisi de faire des gros sous avec les artistes talentueux que j’ai mentionné au début de cet article.
(Photo Internet: des violonneux canadiens jouent un air de "set carré").

Aujourd’hui, c’est standardisé. Un spectacle doit rapporter tant. Un disque doit se vendre à telle quantité. Bref, tout est planifié comme la vente de l’essence dans le monde entier. Bien sûr, les artistes ont leur part du gâteau; mais les dirigeants des géants de l’industrie –ceux que l’on ne voit jamais-, écrasent le citron. On connaît la suite. Les artistes ne résistent pas tous à la misère psychologique, à l’isolement et aux pressions diverses.
Leur musique restera, mais elle peut devenir amère avec le souvenir de fins tragiques comme celles d’Elvis Prestley ou de Michaël Jackson.
Pourtant, n’y aurait-il pas encore de la place, sans gommer les courants nouveaux qui attirent la jeunesse, pour les musiques et les balades qui mettent en valeur ce qu’il y a de meilleur chez les peuples : la dignité humaine, le respect de la vie, l’amour et l’amitié. La musique grecque, le bouzouki, tiens! Ça fait rêver bon nombre de Canadiens-français. Ils pensent à ces îles lointaines, dont on ne connaît pas vraiment l’histoire; là où le soleil se lève. Cette histoire nous dit, pour les plus informés d’entre nous, qu’il a été nécessaire de faire un film comme « Z ». Mais qu’est-ce que ça pouvait vouloir dire? Un peu plus conscients, nous avons appris que c’était la première lettre du mot Zoï qui signifie La Vie.
Mais nous aussi au Québec, nous sommes partants pour La Vie et quand on nous instruit sur l’histoire du peuple grec, nous comprenons que nous avons besoin de nous rappeler l’histoire de ce pays, même si elle est déjà un peu ancienne. Tous nos amis grecs seront vite convaincus que nous aimons aussi la vie et que nous sommes plus que des travailleurs qui doivent peiner et payer pour des crises, y compris politiques, dont nous ne sommes pas du tout responsables.
Quand Lady Gaga saura tout cela, elle sera probablement une des premières à vouloir chanter avec Maria Farandouri que la paix dans le monde vaut bien mieux que n’importe quelle guerre injuste!
À ce moment-là, nous dirons qu’elle fait partie de nos classiques…
(Photo Internet: Lady Gaga au naturel)
-30-

1 Comments:

Blogger Raymonde said...

Quel bel article et comme il est vrai.

4:43 p.m.  

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