lundi, août 13, 2007

CHRONIQUE D'UN TEMPS RÉVOLU

vol.7, no.9, septembre 2007


Daniel Paquet

Après avoir goûté à la liberté, est-ce que les peuples latino-américains, accepteraient de nouveau le servage et l’exploitation? Voilà le fond de l’histoire dans la sollicitude récente démontrée par le premier ministre Harper et ses conservateurs pour certains pays, tel le Chili. D’emblée, il leur propose une «troisième voie», c’est-à-dire l’inconfort d’être assis entre deux chaises. Comme le rappelle le quotidien Métro du 18 juillet 2007, «M.Harper a fait valoir que le modèle canadien fait la promotion de la liberté, de la démocratie, des droits de la personne et de l’économie de marché». (sic)

Faut-il comprendre que c’est là, entre autres, l’essence de la guerre que mène le Canada en Afghanistan? Métro encore, dans sa livraison du 19 juillet 2007, a fait état de la réaction de M. Harper à un rapport d’un comité parlementaire britannique qui «clame aussi que l’Otan est incapable de faire connaître ses succès aux Afghans ordinaires et s’incline devant la propagande des talibans». À cela, il a rétorqué : «que le niveau actuel des effectifs ne permet pas d’atteindre nos objectifs à long terme».

En fait, le gouvernement fédéral actuel dilapide sur la scène internationale le fonds de sympathie et de respect que le Canada s’était mérité dans le passé. En quelque sorte, il agit en sous-main pour les Etats-Unis. Ce n’est pas sans raison que le mensuel cubain Granma International a écrit en janvier 2007 : «que le modèle politique imposé par le puissant voisin du Nord s’est épuisé et […] les partis qui le représentent ont été déconsidérés [et] balayés lors des processus électoraux qui se sont déroulés cette année [2006] dans la région, en faveur de nouvelles alternatives de pouvoir».

Ces alternatives reposent aussi sur des valeurs, y compris religieuses, que les peuples latino-américains partagent avec le peuple québécois. Ainsi la revue catholique Notre-Dame du Cap, fait état en mars 2007, du travail d’une paroissienne, Christiane Boulva, dont le grand-père a émigré de la France au Canada en 1933 pour éviter à ses enfants d’être de la «chair à canon», et qui croit que «si les familles sont en santé, si elles battent au rythme de l’amour, du pardon et de la justice, alors y grandiront des citoyens porteurs de valeurs évangéliques capables de transformer la société».

Cuba, Rome et Canada

La même revue annonce dans un numéro subséquent qu’une des trois femmes travaillant en tant que prêtre anglicane à Cuba, Nerva Cot Aguilera, 69 ans, « été ordonnée évêque [en juin 2007] à la cathédrale de la Sainte-Trinité à La Havane [...], première femme évêque de la Communion anglicane en Amérique latine.

Dans son Histoire de la civilisation publiée en Suisse en 1963, Will Durant, ouvre un paragraphe qui devrait intéresser M. Harper, qui aime tant M. Bush et ses politiques : «Rome n’a pas eu de rivale dans l’art du gouvernement. L’Etat romain a commis un millier de crimes politiques; il a bâti son édifice sur une oligarchie égoïste et un sacerdoce obscurantiste; il a réalisé une démocratie d’hommes libres, puis il l’a détruite par la corruption et la violence; il exploita ses conquêtes pour soutenir une Italie parasite qui, quand il ne put plus poursuivre cette exploitation, fut ruinée. Ça et là, en Orient et en Occident, il fit le désert qu’il appela la paix».

Peut-être que les peuples du Canada devraient prendre exemple sur ceux, notamment en Amérique latine, qui ne veulent plus être des oiseaux en cage… même si elle est dorée?

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